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Comment l'étiquette énergétique A à F est-elle fixée ?

La méthode de détermination de l'étiquette énergétique de A à F est précisée par l'arrêté du 31 mars 2021 relatif au diagnostic de performance énergétique pour les bâtiments[...], modifié depuis à plusieurs reprises. Vous savez, cette étiquette tant redoutée avec le petit curseur qui s'arrête sur la case où vous perdez des dizaines de milliers d'euros sur le logement que vous pensiez "refait à neuf"... Découvrons ensemble ce mode de calcul plus complexe qu'il n'en a l'air.

Où l'on découvre que l'étiquette énergétique est une double étiquette

Contrairement à une idée reçue, l'étiquette énergétique n'est pas issue de la seule consommation énergétique d'un bien et de "classes" définies par des seuils de consommation. Cette étiquette est en effet une double étiquette, la résultante de deux catégorisations : la consommation d'énergie (primaire) d'une part, les émissions de gaz à effet de serre d'autre part. Chaque grandeur fait l'objet d'une catégorisation dans une classe A à F selon une échelle distincte, exprimée en kWh / m2 pour la consommation d'énergie, et en kgs / m2 pour les émissions de GES. L'étiquette énergétique est fixée en prenant la plus défavorable des deux classes.

Ainsi, un bien avec une consommation d'énergie primaire située dans la classe D, et des émissions de gaz à effet de serre dans la classe E, sera au final classé en E qui est la "plus mauvaise" des deux classes. Ce cas de figure peut se rencontrer par exemple pour les logements chauffés au fioul car ce type d'énergie est pénalisé par rapport aux autres, voir ci-dessous. Et inversement, vous l'aurez compris, un bien très "vertueux" en émissions de gaz à effet de serre car chauffé à l'électricité nucléaire décarbonée (cocorico) et classé B sur cette échelle, peut se retrouver classé en D, E, ou F en raison d'une trop grande consommation énergétique (c'est bien l'environnement mais ça ne paye pas les factures).

En pratique : si vous êtes chauffé au fioul, il y a de fortes chances que ce soit le critère GES qui "tire" votre étiquette vers le bas. À l'inverse, si vous êtes chauffé à l'électricité, c'est probablement la consommation d'énergie primaire — gonflée par le facteur de conversion de 1,9 — qui sera votre critère le plus pénalisant. Dans les deux cas, il est important de savoir lequel des deux critères détermine réellement votre classe.

Consommation d'énergie primaire et consommation d'énergie finale

Tout serait tellement simple s'il n'y avait qu'une consommation d'énergie. Or la réglementation distingue entre la consommation d'énergie finale et la consommation d'énergie primaire. La consommation d'énergie finale est établie par la méthode 3CL, expliquée dans un article dédié sur ce site. Pour parler simplement, il s'agit de la consommation d'énergie du bien telle que mesurée au compteur pour le gaz ou l'électricité, ou enfournée dans le poêle pour le bois, etc.

La consommation d'énergie primaire prend quant à elle en compte toutes les pertes énergétiques en amont du point de distribution, c'est-à-dire tout ce qui a été nécessaire pour acheminer l'énergie jusqu'au logement. Seule une énergie est considérée comme ayant fait l'objet de pertes importantes, c'est l'électricité, pour laquelle un facteur — qu'on pourrait appeler facteur de rendement — est appliqué. Ce facteur a varié au cours des années, mais il est actuellement de 1,9 : pour produire et acheminer jusqu'au logement 1 kWh d'électricité, il faut en réalité 1,9 kWh d'énergie primaire, principalement en raison des pertes constatées sur le réseau électrique entre le lieu de production (la centrale nucléaire par exemple) et le point de distribution. Un prochain article reviendra sur ce facteur, et sa modification récente au 1er janvier 2026 qui a fait couler beaucoup d'encre.

C'est cette consommation d'énergie primaire qui fait ensuite l'objet, comme évoqué plus haut, d'une catégorisation en différentes classes selon sa valeur.

Les émissions de gaz à effet de serre

Les émissions de gaz à effet de serre sont obtenues en multipliant les consommations d'énergie finales, calculées par la méthode 3CL, par un ratio propre à chaque énergie — la répartition entre ces énergies étant elle aussi déterminée au sein de la méthode 3CL. Ces ratios représentent le contenu en kilogrammes équivalent CO₂ des kilowattheures d'énergie finale. Ils sont eux détaillés dans un arrêté plus ancien du 15 septembre 2006 qui a été largement modifié par un autre arrêté du 31 mars 2021. Voici les principaux ratios :

Type d'énergie Contenu CO₂ (kg eq. CO₂ / kWh EF)
Bois (bûches, granulés) 0,030
Électricité - chauffage 0,079
Gaz naturel 0,227
Fioul domestique 0,324

Sans surprise, le fioul émet bien plus de gaz à effet de serre que le bois et l'électricité. Le gaz naturel se situe entre l'électricité et le fioul. On comprend ainsi pourquoi un logement chauffé au fioul peut se retrouver pénalisé sur le critère GES même si sa consommation énergétique reste modérée. De la même manière, une échelle spécifique permet de déterminer ensuite la classe A à F sur ce critère.

Quelques subtilités :

  • l'électricité d'origine renouvable produite sur site et auto-consommée (par des panneaux photovoltaïques par exemple) est considérée comme n'émettant pas de gaz à effet de serre (youpi !).
  • L'électricité utilisée pour le chauffage, l'ECS, le refroidissement, l'éclairage et les auxiliaires n'a pas le même contenu CO2, simplicité quand tu nous tiens ! C'est lié au fait que selon la période de l'année le contenu marginal en CO2 de l'électricité n'est pas le même car à certaines périodes et notamment pendant la pointe d'hiver on est obligé de "rajouter" des centrales plus polluantes pour répondre à la demande.
  • Il existe de plus une annexe pour les réseaux de chaleur et de froid qui fonctionnent à partir de plusieurs énergies pour déterminer le contenu CO2 adapté. Ce ratio est mis à jour tous les 2 - 3 ans, chaque réseau multi-énergies du territoire français - et qui en a fait la demande - dispose de son propre ratio.

Vous pensiez que c'était simple ? Voici l'arrêté petites surfaces

Dans son mouvement spontané de justice environnementale, le gouvernement a décidé par un arrêté du 25 mars 2024 de corriger cette échelle pour les surfaces inférieures à 40 m². Il s'agissait plutôt d'un joli rétropédalage, face au classement massif des studios et T1/T2 en passoires énergétiques, ce qui s'était traduit concrètement par des obligations de travaux ou des pertes de valeur pour des centaines de milliers de logements.

Le raisonnement est que les petites surfaces souffrent d'un désavantage structurel : quelle que soit la taille du logement, une quantité minimale d'eau chaude sanitaire reste nécessaire pour ses occupants. Une personne qui vit dans 10 m² a besoin de se laver autant qu'une personne qui vit dans 50 m². Le chauffage, lui, est plus ou moins proportionnel à la surface d'un logement, ce qui est moins le cas donc pour l'eau chaude sanitaire. Rapportée au m², la consommation d'ECS pénalise donc mécaniquement les petits logements. Le gouvernement a ainsi décidé de moduler les seuils de classification, avec des valeurs plus permissives pour les logements de petite taille, selon des tableaux très détaillés couvrant les surfaces allant de 8 m² à 40 m².

Interpolation linéaire : les tableaux de l'arrêté ne couvrent que les surfaces entières (8 m², 9 m², 10 m², etc.). Pour une surface intermédiaire, par exemple 9,5 m², il faut calculer les seuils en faisant la moyenne pondérée entre les lignes 9 m² et 10 m². Les logiciels de diagnostic font ce calcul automatiquement, mais si vous souhaitez vérifier par vous-même, il faut avoir ce détail en tête.

Attention : le logement de petite surface consomme bel et bien plus en raison de l'ECS, rapporté à sa surface, qu'un logement de plus grande taille. Les factures d'énergie ne sont pas réduites comme par magie, et non vous ne recevrez pas un code promo "petites surfaces" offert par Total Energies. L'arrêté petites surfaces est plus ou moins un tour de passe-passe de réalisme électoral.

Et vous reprendriez bien un peu de zone climatique et d'altitude ?

Parce qu'en France on aime bien faire compliqué, les seuils varient également selon la zone climatique dans laquelle se trouve le logement, ainsi que selon son altitude — deux paramètres déjà présents dans la méthode 3CL. On considère en effet qu'on ne peut pas juger sur le même plan un appartement sur la Côte d'Azur avec vue sur mer, et une maison perdue sur les hauts plateaux du Jura (Mouthe vous connaissez ?). Là aussi, Les factures de gaz et d'électricité n'arrivent hélas pas avec un code promotionnel magique qui vous félicite pour l'achat de votre résidence secondaire dans le village le plus froid de France.

Les pièges à éviter

Il y a peu de pièges dans la détermination de la classe énergétique elle-même, qui est attribuée automatiquement par les logiciels de diagnostic selon les consommations issues de méthode 3CL, attribution elle-même revérifiée par le calculateur de l'ADEME lors de la soumission en ligne du DPE par le diagnostiqueur.

Les pièges se trouvent plutôt dans la méthode 3CL elle-même — voir l'article dédié - lors de la saisie des paramètres "entrants" qui déterminent les consommations énergétiques. Là où il faut cependant être vigilant sur l'étiquette énergétique, c'est si le bien est classé en "limite haute de classe", c'est-à-dire proche de basculer vers une classe plus défavorable. Ainsi, pour un bien en limite de classe E, une légère modification de paramètres — par exemple en qualifiant un radiateur de radiateur à inertie alors que c'est un simple convecteur, ou une fenêtre en triple vitrage alors que c'est du double — pourrait faire basculer le logement en classe F. Il ne faut pas y voir une manipulation volontaire du diagnostic, mais une erreur est possible et votre bien se situe dans cette marge périlleuse.

Attention La loi ne reconnaît pas de marge d'erreur : si un futur acheteur réalise un contre-DPE dans la période de compromis, et arrive à prouver que le bien présenté comme E est en réalité classé F, vous vous exposez à une perte de valeur de votre bien - l'acheteur négociera à la baisse. Plus simplement, si le DPE du vendeur sur lequel vous vous êtes fondé pour acheter le bien arrive à expiration, et que vous devez refaire un DPE pour vendre à votre tour, votre futur diagnostiqueur, plus rigoureux ou plus prudent, classera le bien en F. Pour un bien en limite de classe, même une petite erreur de saisie peut avoir des conséquences financières de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Conclusion

L'étiquette énergétique de A à F est donc bien plus qu'un simple classement par consommation d'énergie. Elle résulte d'un mécanisme à plusieurs étages dont voici les points essentiels à retenir :

  • L'étiquette est la plus défavorable de deux classements distincts : la consommation d'énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre. Un logement peut être "vertueux" sur un critère et pénalisé sur l'autre.
  • La consommation d'énergie primaire n'est pas la consommation au compteur : elle intègre un facteur de conversion qui pénalise notamment l'électricité (facteur 1,9).
  • Les émissions de GES dépendent fortement du type d'énergie utilisé : le fioul émet plus de 20 fois plus de CO₂ que le bois par kWh consommé.
  • Les seuils de classe ne sont pas fixes : ils varient selon la surface du logement (arrêté petites surfaces pour les biens de moins de 40 m²), la zone climatique et l'altitude.
  • Le principal piège est de se trouver en limite haute de classe, où une légère erreur de paramétrage dans la méthode 3CL peut faire basculer le bien vers une classe plus défavorable — avec des conséquences financières réelles.

En résumé, si l'étiquette est attribuée automatiquement par les logiciels de diagnostic, les données qui l'alimentent en amont — issues de la méthode 3CL — méritent toute votre attention.

Notre vérificateur est là pour vous aider

Heureusement, notre site dpe-verif.fr vous permet de vérifier tout cela en quelques clics. À la simple saisie d'un numéro ADEME, vous obtenez :

  • Votre position par rapport aux seuils de classe, pour savoir si vous êtes confortablement installé dans votre classe ou en limite de basculement.
  • Le critère le plus contraignant de votre étiquette : consommation d'énergie primaire ou émissions de gaz à effet de serre.
  • Des contrôles de cohérence sur les paramètres clés de votre DPE, pour détecter d'éventuelles erreurs du diagnostiqueur.

Alors n'hésitez plus, vérifiez votre DPE !

Ce site aide à détecter les incohérences d'un DPE mais ne remplace pas l'expertise d'un professionnel. En cas de doute, faites réaliser un nouveau DPE par un diagnostiqueur certifié.

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